Articles du Réseau Mennonite Francophone

Doit-on bénir ou maudire le travail ?

Une réflexion relative à l’article 16 de notre confession de foi (Le travail, le repos et le jour du Seigneur).

Notre vécu au travail se situe généralement entre deux pôles : une grande satisfaction et un sentiment d’accomplissement ou alors, un rejet avec le désir de tout laisser tomber et de s’en échapper. Le travail devient alors source de stress qui nuit à notre bien-être. Et cette situation peut s’aggraver par les contraintes engendrées par la pandémie alors que nous devons assurer notre existence.

1. Le constat

Dans la société humaine, le travail revêt une importance capitale. Il nous garde de l’oisiveté, de l’isolement et il nous met à l’abri de la pauvreté grâce au revenu qu’il procure. Il nous donne un sens de réalisation personnelle et communautaire. Il n’est donc pas étonnant que travailler soit devenu la norme de notre société.

Cependant, le travail ne se borne pas, comme l’affirme Voltaire, à éloigner de nous l’ennui, le vice et le besoin. Il peut dans certains cas générer des aspects négatifs comme : la course aux salaires élevés ou l’exploitation des uns par d’autres. De plus, on ne choisit pas toujours son travail, et il n’est pas rare qu’on en ressente un total désintérêt qui peut être aggravé par le caractère pénible ou simplement répétitif de ce dernier. Et que dire des comportements inadéquats au travail : harcèlement, manipulation, relations exécrables, querelles ou jalousie ! Enfin, les notions d’efficacité, de productivité et de rentabilité sont si prisées aujourd’hui que le travail peut conduire à l’épuisement professionnel ou burnout, et même au suicide. Bref, le travail qui devrait être une source de satisfaction semble ne pas toujours tenir ses promesses. Dans ces conditions, comment comme chrétiens, pouvons-nous contrer les désagréments ? Existe-t-il une spiritualité du travail ? Quelle est l’intention de Dieu pour le travail afin que nous puissions nous y conformer ?

2. Travail et spiritualité

Il est de coutume dans les milieux chrétiens de séparer travail et spiritualité, et de voir les moments de travail comme des moments d’activité séculière de bien moindre importance que le temps passé dans les pratiques spirituelles. Cette dichotomie n’a pas lieu d’être. Les Écritures enseignent qu’il y a une imbrication entre le travail et le spirituel. Dans Gn 1, Dieu transforme un monde désordonné, vide et informe en une terre où émerge la lumière, les eaux et une multitude de créatures vivantes. Ainsi, le travail relève de la nature même de Dieu, et va de pair avec la révélation de ce que Dieu est. Du récit de la création, nous apprenons que le travail se fait par étapes, qu’il doit être évalué à chaque stade, que son produit final doit être entretenu et qu’il nécessite du repos.

Dieu a créé l’humain à son image et lui confie un monde à maîtriser et un jardin à entretenir. L’humain peut à son tour « créer » ce qui n’existait pas auparavant. Le travail s’inscrit dans sa nature humaine et à ce titre, il en tire joie et intimité avec son Créateur quand il travaille en relation avec lui. La relation avec Dieu est en fait la clé de voûte de l’existence humaine. À travers elle, l’humain réalise pleinement que sa valeur procède de son Créateur de qui il détient son existence. Il est aimé de Dieu et destiné à manifester sa gloire (Es 43,6-7).

Après que les relations entre Dieu et l’humain se soient brouillées, la situation a nettement changé. Le travail a dévié de son but originel. Il reste jusqu’à un certain degré une source d’accomplissement, mais il devient plus pénible et surtout indispensable à la survie de l’humain comme nous le rappelle Pr 6,10-11. Mais plus encore, l’homme séparé de Dieu se tourne vers d’autres expédients pour se valoriser, et le travail en est un… avec parfois les travers que nous avons évoqués plus haut !

3. Que faire donc ?

Ce n’est qu’en Dieu que le travail reprend son vrai sens. En même temps qu’il s’inscrit dans le fonctionnement humain défini dès les origines par Dieu, il sert aussi à manifester son règne et à l’étendre à l’endroit où Il nous place. Bien faire son travail, dans une attitude de respect et de bienveillance envers les autres, permet de refléter le caractère divin. Il est possible de se retrouver dans un contexte de travail difficile, et qui ne s’améliore guère malgré nos bonnes dispositions et notre bonne volonté. Il devient alors crucial pour recevoir réconfort et instructions, de se tourner vers Dieu qui nous donnera sa paix dans la situation, ou nous conduira vers un autre emploi. Quoi qu’il en soit, c’est sur lui que nous devons avant tout compter pour toute chose. Le livre de l’Ecclésiaste nous rappelle la vanité de nos titres, de nos talents ou de nos réalisations. Dieu demeure celui qui pourvoit à nos besoins et de qui nous tirons la valeur, le mouvement et l’être. Et notre ultime objectif est d’œuvrer non pour ce qui périt, mais pour ce qui est éternel (Jn 6,27).

Jean Biéri, chargé de cours à l’ETEQ

Cet article et le réseau mennonite francophone
Cet article est publié dans le cadre du Réseau mennonite francophone (RMF) et paraît dans Christ seul (France), sur le site de la Conférence mennonite suisse (www.menno.ch) et sur celui de la Conférence mennonite mondiale (www.mwc-cmm.org).
Coordination de la publication des articles : Jean Paul Pelsy

Être l’Église autrement

L’expérience d’un café pas comme les autres : une source d’inspiration pour réinventer la vie d’Église ?

Coffee&Deeds
Crédit photo : Naomi Graber

Chaque année au mois de septembre, les employés et collaborateurs de la Conférence Mennonite Suisse (CMS) se retrouvent pour une journée de rencontre, partage et découverte. Ce temps a pour but de permettre les échanges et de redonner des impulsions et des idées, notamment en apprenant à connaître des projets engagés par des œuvres chrétiennes. En septembre 2020, nous avons pu passer un moment chez Coffee&Deeds. Nous vous proposons de découvrir ce café pas comme les autres.

Autrement

Dans les années 1980, l’appel à aller plus vers les personnes a grandi dans le cœur de l’Église réformée attenante. Dans les groupes de maison, on se rend compte qu’on est bien. Cependant, que se passe-t-il à l’extérieur ? En 2010, une deuxième phase est lancée : ouverture œcuménique, donner une autre image à l’Église, créer du lien entre les différents lieux de culte et, surtout, donner de la vie au quartier. Il faut être l’Église, autrement. Mais comment ?

L’idée d’un café est venue quelques années plus tard. La vision était présente, des personnes étaient motivées (y compris quelques politiques) et les finances permettaient de lancer le projet.

« Rien n’est plus fort qu’une idée dont l’heure est venue », aurait dit un certain Victor Hugo. Pour les initiateurs du projet, il s’agit simplement du kairos de Dieu. « On a simplement commencé à faire, c’était peut-être naïf mais on avait confiance que c’était le moment », nous dit l’un des participants au projet. Ainsi, les recherches de fonds pour du personnel se font avec confiance, car « les portes s’ouvrent une fois qu’on est en action ». Des dons, des bénévoles, la restauration des lieux : le projet Coffee&Deeds est en marche.

Coffee…

Aujourd’hui, Coffee&Deeds emploie sept personnes (pour une quotité de travail totale de 250 %) et de nombreux bénévoles mettent la main à la pâte. Ce ne sont pas que des serveurs, car la volonté est de trouver un projet pour chaque personne qui veut s’engager. Les bénévoles ne sont pas tous croyants, certains viennent d’Églises diverses.

Chaque jour, la journée commence par l’allumage des lumières et la mise en marche de la machine à café auxquels s’ajoute un moment de prière. Celle-ci est aussi présente sur le menu et peut être commandée gratuitement à tout moment du service !

Annonces, demandes, idées ou sujets de prière peuvent être déposés sur ce panneau.
Crédit photo : Naomi Graber

… &Deeds

Mais ce café ne serait pas le même sans les Deeds (en français : les actes). Une employée dit d’ailleurs : « On ne veut pas être un café normal, on veut créer des ponts entre et vers les personnes qui viennent. Ce que nous recevons de la part de Dieu, nous voulons le transmettre à ces gens. » En effet, être l’Église dans le quartier, c’est y vivre. Ici, il s’agit d’une présence, d’un soutien. C’est aller vers la population et favoriser les liens entre les habitants. C’est amener l’Église aux gens et témoigner de la foi par les actes : recherche de personnes pour répondre aux besoins des autres, soutien scolaire, tutorat, activités pour les enfants…

Au-delà de valoriser les dons de chacun, il s’agit aussi de valoriser les personnes qui viennent, de les servir et de les aimer. Au début, les personnes dans le besoin n’entraient pas forcément, sûrement à cause de l’image « à la mode » que renvoie le café. Malgré l’idée que ce café est « trop chic » pour le quartier, Coffee&Deeds veut montrer qu’il n’y a pas de niveau social prioritaire dans cet endroit. L’atmosphère agréable et accueillante est présente et c’est ça qui est important.

Aujourd’hui, Coffee&Deeds tourne toujours grâce au soutien de l’Église réformée notamment, mais le but est qu’il puisse fonctionner de manière autonome. L’impact semble en tout cas positif et le mot d’ordre « Aimez-vous les uns les autres et ils sauront que vous êtes mes disciples » prend son sens.

La visite de ce café a été particulièrement inspirante pour les collaborateurs. Dans une période où l’on apprend à vivre la vie d’Église autrement, c’est encourageant de voir d’autres manières de vivre la vie de disciple dans le quotidien.

Que Dieu renouvelle notre créativité et notre obéissance pour le service !

Moment de partage entre les collaborateurs de la CMS lors de la sortie
Crédit photo : Jürg Braeker

Naomi Graber
Conférence Mennonite Suisse, rédactrice,
Église mennonite du Sonnenberg

Cet article et le réseau mennonite francophone
Cet article est publié dans le cadre du Réseau mennonite francophone (RMF)et paraît dans Christ seul (France), sur le site de la Conférence mennonite suisse (www.menno.ch) et sur celui de la Conférence mennonite mondiale (www.mwc-cmm.org).
Coordination de la publication des articles : Jean Paul Pelsy